Les cinq livres des Psaumes
Le livre des Psaumes, avec ses thèmes variés, adaptés à tout un éventail de situations humaines, est conçu pour accompagner la vie quotidienne, avec ses hauts et ses bas, ses difficultés et ses épreuves.
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(PARTIE 36)
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Nombreux sont ceux qui consultent le livre des Psaumes dans les moments de désespoir, en quête de réconfort et de conseils. Certains psaumes sont beaucoup plus connus que d’autres, peut-être parce qu’au fil des années, ils ont été identifiés comme sources particulières d’encouragements et d’espoir dans les périodes sombres. Par conséquent, au sein de chacun des 5 livres qui composent cet ensemble, des textes ont paru plus appréciés. Ce sont ceux auxquels nous nous intéresserons ici.
Hormis les deux psaumes introductifs qui portent sur le caractère d’une personne pieuse et sur le règne à venir de Dieu sur terre, le premier livre et une grande partie du deuxième sont généralement attribués à David, roi d’Israël. C’est ainsi que le livre débute au moment où le plus important monarque craignant Dieu de toute l’histoire d’Israël exprime sa personnalité, son caractère et son amour pour Dieu.
« Aux générations successives, les louanges et prières formulées dans les psaumes ont toujours paru exprimer avec justesse et émotion les aléas de la vie humaine. »
Livre premier
Le livre I (Psaumes 1 à 41) contient plusieurs psaumes qui ont attiré l’attention tout spécialement. Il y a le psaume 8, hymne à la création, qui dépeint la place privilégiée de l’humanité dans l’Univers en demandant : « Qu’est-ce que l’homme, pour que tu te souviennes de lui ? » (verset 5). On trouve trois autres psaumes de la création (19 et 65 dans le premier livre, et 104 dans le quatrième). Ils commencent en rappelant la puissance de Dieu et sa souveraineté sur toutes choses.
Le psaume 8 a aussi une nature messianique. Qu’est-ce qu’un psaume messianique ? Bien sûr, d’abord, son contenu présente un lien avec la vie de Jésus dans le Nouveau Testament et il est cité soit par Christ lui-même soit par d’autres. Les psaumes messianiques peuvent également se rapporter à un aspect de son retour promis.
Anticipation du messie
Lors d’une apparition après sa résurrection, Jésus a précisé à ses disciples que les Écritures hébraïques l’avaient souvent désigné : « C’est là ce que je vous disais lorsque j’étais encore avec vous, qu’il fallait que s’accomplisse tout ce qui est écrit de moi dans la loi de Moïse, dans les prophètes, et dans les psaumes » (Luc 24 : 44).
La référence aux psaumes est une façon abrégée d’évoquer la troisième division des Écritures hébraïques appelées « les Écrits », dont les Psaumes constituent le premier livre.
Traditionnellement, quatorze psaumes sont qualifiés de messianiques : 2, 8, 16, 22, 40, 45, 68, 69, 72, 89, 109, 110, 118 et 132. Nous allons étudier ici quatre d’entre eux.
Le psaume 2 décrit comment Dieu établira son royaume grâce à son Fils, le roi qu’il a choisi. Les souverains humains s’opposeront peut-être à l’oint de Dieu, mais ils seront vaincus. Les premiers fidèles de Christ voyaient ce texte comme une prophétie accomplie dans la crucifixion de Jésus par les Romains en accord avec les autorités religieuses juives et séculières, puis dans la victoire de Christ sur la mort (Actes 4 : 25‑28). L’apôtre Pierre a relié plus précisément la résurrection (Actes 2 : 22‑32) au psaume 16 qui conclut : « Aussi mon cœur est dans la joie, mon esprit dans l’allégresse, et mon corps repose en sécurité. Car tu ne livreras pas mon âme au séjour des morts, tu ne permettras pas que ton bien-aimé voie la corruption » (Psaumes 16 : 9‑10).
Jésus lui-même reprend dans un cri le début du psaume 22, alors qu’il approche de la mort sur la croix : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » (Matthieu 27 : 46). Les railleries des voleurs crucifiés avec lui et de l’assistance (Matthieu 27 : 43) sont l’accomplissement du psaume 22, verset 9 : « Recommande ton sort à l’Éternel ! L’Éternel le sauvera, il le délivrera. »
Pour finir, la descendance sacerdotale de Christ dans la lignée de Melchisédek est expliquée en Hébreux 5 : 6, 10 et 7 : 17, 21. Le livre des Psaumes l’avait identifiée depuis longtemps : « L’Éternel l’a juré, et il ne s’en repentira point : Tu es sacrificateur pour toujours, à la manière de Melchisédek » (Psaume 110 : 4).
Le psaume 15 définit le caractère et le comportement des hommes pieux. Il demande : « Ô Éternel ! qui séjournera dans ta tente ? Qui demeurera sur ta montagne sainte ? » La réponse fournie étant absolue, des sages juifs estiment que ce psaume résume, dans ses quelques lignes, la totalité des 613 aspects de la Loi (d’après leur calcul).
Un autre psaume connu aide tous ceux qui se sentent trahis et isolés : le psaume 22, dans une formulation extrêmement émouvante, aborde aussi la souffrance ultime du Messie : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? ».
Le psaume 23, le plus célèbre de tous, réconforte en exprimant l’attention et le souci que Dieu a pour chacun dans les moments d’accablement : « L’Éternel est mon berger: je ne manquerai de rien. » Quant à ceux que perturbe la réussite apparente des impies, suscitant déception et désarroi, ils sont encouragés : « Garde le silence devant l’Éternel, et espère en lui », car vient le jour où « le méchant n’est plus » (37 : 7, 10).
« Les psaumes, nous le verrons, sont une galerie de portraits de Dieu en paroles, car beaucoup de ces textes nous en offrent une représentation frappante. »
Livre deuxième
Le livre II (42 à 72) débute par deux psaumes souvent considérés comme une seule et même méditation. Ils font partie d’une série de compositions (42 à 49, 84 et 85, 87 et 88) attribuées aux fils de Koré, musiciens de la tribu de Lévi chargés du culte communautaire.
Le début du deuxième livre met en avant l’aspiration d’un fidèle de Dieu à se trouver en sa présence. Dans les premiers temps, cette rencontre pouvait se produire lors des célébrations des jours saints annuels à Jérusalem, « quand je marchais entouré de la foule, et que je m’avançais à sa tête vers la maison de Dieu, au milieu des cris de joie et des actions de grâces d’une multitude en fête » (42 : 5).
Très vite, le livre implore également de l’aide contre les impies : « Rends-moi justice, ô Dieu, défends ma cause contre une nation infidèle ! Délivre-moi des hommes de fraude et d’iniquité ! » (43 : 1). Le fait d’avoir à affronter la conduite d’infidèles figure souvent dans les Psaumes. Cela fait partie de la condition humaine et provoque une profonde tristesse, d’où la nécessité d’une l’aide divine : « Pourquoi dois-je marcher dans la tristesse, sous l’oppression de l’ennemi ? Envoie ta lumière et ta fidélité ! Qu’elles me guident, qu’elles me conduisent à ta montagne sainte » (43 : 2c‑3).
L’oppression que les Israélites ressentaient quand leurs ennemies semblaient triompher s’inscrit dans le contexte historique d’Israël en tant que peuple choisi par Dieu pour œuvrer de façon unique : « tu nous repousses, tu nous couvres de honte », « Lève-toi, pour nous secourir ! Délivre-nous à cause de ta bonté ! » (44 : 2, 10, 27). De plus, le rôle central de Sion comme lieu préféré de Dieu pour accomplir son dessein est mentionné plusieurs fois dans les compositions koréites. À propos de « la cité de Dieu, le sanctuaire des demeures du Très-Haut », nous apprenons que « Dieu est au milieu d’elle : elle n’est point ébranlée » (46 : 5‑6) ; et « L’Éternel est grand, il est l’objet de toutes les louanges, dans la ville de notre Dieu, sur sa montagne sainte […], la montagne de Sion » (48 : 2‑3).
Le psaume 50 est le premier de plusieurs autres attribués à Asaph, lui aussi musicien du temple du roi David. Ce psaume développe un discours sur la majesté de Dieu qui « resplendit » du haut de Sion. Il montre aussi que Dieu sépare les justes des impies d’après leur réponse à son enseignement (versets 2, 22‑23). C’est un indice supplémentaire du thème structurel mentionné au psaume 1, celui des caractéristiques des fidèles par rapport aux infidèles.
Un autre psaume très apprécié vient ensuite. Il est associé à la tristesse de David après son lamentable adultère avec Bath-Schéba. Même si son attribution tardive à David est inexacte, ce psaume est très instructif sur l’attitude de repentir à avoir devant Dieu. Admettre que « j’ai péché contre toi seul » est un aveu que nous devons tous faire pour réussir à comprendre où nous nous « situons » par rapport à Dieu quand nous péchons. En vérité, pour avoir une relation juste avec lui, il faut intégrer que « les sacrifices qui sont agréables à Dieu, c’est un esprit brisé : Ô Dieu ! tu ne dédaignes pas un cœur brisé et contrit » (51 : 6, 19).
Pour la plupart, les psaumes restants du livre II sont attribués à David par le ou les rédacteurs bibliques et, d’après leurs suscriptions, une grande partie d’entre eux est liée à des épisodes de sa vie. Ces associations sont tout à fait crédibles d’après notre connaissance biblique de différents événements de l’histoire d’Israël qui impliquent ce roi.
Le livre II se termine par un psaume dont l’auteur serait Salomon, le fils de David. Ce qui a pu paraître judicieux au rédacteur final puisque nous sommes à la fin de ce recueil de psaumes spécifique attribué à David.
On peut lire ce psaume comme une description des succès et de la prospérité du royaume d’Israël sous l’héritier de David, mais on peut aussi le comprendre comme un hymne au Messie et à son règne prochain sur la terre, un temps de justice, d’abondance et de paix universelle. La louange de conclusion est adressée à ce Dieu : « Béni soit l’Éternel Dieu, le Dieu d’Israël, qui seul fait des prodiges ! Béni soit à jamais son nom glorieux ! Que toute la terre soit remplie de sa gloire ! Amen ! Amen ! » (72 : 18‑19).
Le dernier verset marque définitivement la conclusion de cette section : « Fin des prières de David, fils d’Isaï » (72 : 20).
« Les cantiques de louanges ne sont pas très fréquents au début du livre mais, par la suite, vous en trouverez de plus en plus. C’est comme si plus vous priez, plus vous vous rendez compte de la bonté de Dieu. »
Livre troisième
Le livre III (73 à 89) dévoile d’autres compositions attribuées à Asaph (73 à 83). Ici l’attention se porte sur l’individu au sein du peuple d’Israël, lié à Dieu par une alliance. Si les deux premiers livres ouvraient sur deux modes de vie, pieux et impie, le troisième commence en délimitant deux objectifs opposés : acquérir le monde ou acquérir la véritable vie. Réfléchissant là encore sur les raisons pour lesquelles les méchants réussissent, l’auteur envie désormais leur succès, étant presque convaincu qu’il devrait adopter leurs façons de faire (73 : 3‑8).
Ce n’est que lorsqu’il se rend au sanctuaire de Dieu et qu’il épouse un point de vue pieux qu’il a de nouveau une vision claire, admettant son amertume, sa stupidité et son ignorance (versets 17, 21 et 22).
Toutefois, c’est en 586 avant l’ère chrétienne, de nombreuses années après Asaph, que les Babyloniens ont détruit le sanctuaire de Jérusalem. Comme les psaumes 74 et 79 décrivent ce saccage, il est évident qu’ils ont été ajoutés ultérieurement au recueil d’Asaph.
C’est un exemple d’agencement que le rédacteur a effectué pour certains psaumes en fonction d’une intention globale, même s’ils relèvent d’une autre époque ; il s’agit ici de la période postexilique, quand les captifs se rappelaient ce qui était arrivé : « Ô Dieu ! les nations ont envahi ton héritage, elles ont profané ton saint temple, elles ont fait de Jérusalem un monceau de pierres » (79 : 1).
Le long psaume 78 relate le passé d’Israël en cherchant à raviver la mémoire collective de l’exode, des années dans le désert et de l’arrivée dans le pays de la promesse. Malgré la rébellion, l’ingratitude et la nouvelle chute d’Israël, Dieu y figure en défenseur de son peuple, installant Juda et David sur la maison de Joseph, choisissant le mont Sion pour y bâtir le temple, et Jérusalem comme capitale.
Les psaumes 84, 85 et 87 s’inscrivent dans le recueil koréite, avec pour parallèles les psaumes 42‑43,44 et 46‑48. Respectivement, ils évoquent le désir d’être dans la demeure de l’Éternel, ainsi que la supplication de la nation et l’amour pour Sion. Dans le livre III, un seul psaume (86) est attribué à David, qui y implore personnellement les bontés de Dieu ; ce positionnement est sans doute destiné à préparer la réapparition du roi au psaume 89.
Le livre se termine par les psaumes de deux Ezrachites, dont on sait peu de choses, Héman (88) et Éthan (89). Le psaume 88 exprime la même sorte de détresse qu’au psaume 86 où Dieu apporte son secours en définitive. Cependant ici, Héman ne peut trouver aucune aide dans cette épreuve, qui reste sans solution. Parfois Dieu ne répond pas et il faut être patient. Le psaume 89, conclusion du livre III, atteste de la bonté, la miséricorde et la fidélité de Dieu, ainsi que de sa bienveillance pérenne à l’égard de David et de sa dynastie : « Je chanterai toujours les bontés de l’Éternel » (verset 2). Même si ses bienfaits et sa relation d’alliance s’interrompront à cause de leurs infidélités, l’espérance demeure dans les promesses de Dieu : « Béni soit à jamais l’Éternel ! Amen ! Amen ! » (versets 5‑6, 31‑53).
Le grand rouleau des Psaumes fait partie des mieux conservés parmi les nombreux manuscrits découverts entre 1946 et 1956 dans des grottes qui surplombent la rive nord-ouest de la mer Morte. Ce rouleau date de la première moitié du premier siècle de l’ère chrétienne.
Livre quatrième
Le livre IV est le plus court, avec 17 psaumes. Il commence par le souvenir du grand chef d’Israël qu’était Moïse. Le psaume 90, attribué au patriarche, ressemble au cantique de Moïse en Deutéronome 31 et 32. Après la tristesse du psaume 88 et sa fin en suspens, ce psaume aborde la fragilité humaine par rapport à l’éternité de Dieu.
Reconnaissant que la faiblesse humaine n’est pas censée être un état permanent, le psaume offre un regard sur la vie, la souffrance, ainsi que sur la nécessité de se fier à Dieu : « Avant que les montagnes soient nées, et que tu aies créé la terre et le monde, d’éternité en éternité tu es Dieu. Tu fais rentrer les hommes dans la poussière, et tu dis : Fils de l’homme, retournez ! Car mille ans sont, à tes yeux, comme le jour d’hier, quand il n’est plus, et comme une veille de la nuit. » Cette fragilité nous incite à rechercher l’aide et la miséricorde de Dieu : « Que la grâce de l’Éternel, notre Dieu, soit sur nous ! Affermis l’ouvrage de nos mains, oui, affermis l’ouvrage de nos mains ! » (90 : 2‑4, 17).
« Le contre-monde des Psaumes s’oppose à notre monde autarcique et fermé en nous présentant un monde confiant dans la préférence de Dieu pour ceux qui l’invoquent dans une dépendance suprême. »
Plus loin, dans un psaume destiné au jour du sabbat, nous trouvons sept mentions de l’Éternel ou de Yahvé (selon les versions). Cela est peut-être en rapport avec l’instauration du septième jour de la création comme jour de repos, accompagné d’une action de grâces. Ainsi, « Il est beau de louer l’Éternel, et de célébrer ton nom, ô Très-Haut ! d’annoncer le matin ta bonté, et ta fidélité pendant les nuits » (92 : 2‑3).
Les psaumes 93 et 95 à 99 sont associés à la souveraineté et au règne de Dieu. Ils traitent du Dieu Créateur, Juge et Vainqueur.
Un seul psaume de David (101) parle d’éliminer les infidèles de Sion, introduisant ainsi le suivant, qui mentionne lui aussi la destruction de Jérusalem. Les exilés sont impatients de voir le rétablissement de la ville : « Tu te lèveras, tu auras pitié de Sion ; car le temps d’avoir pitié d’elle, le temps fixé est à son terme » (102 : 14).
Viennent ensuite deux psaumes au contenu historique. Ils portent sur l’alliance abrahamique du pays promis, toujours applicable aux exilés revenus à Jérusalem, puis retracent les événements de l’Exode et la raison de l’exil qui a suivi, montrant que la miséricorde divine prévaudra en définitive : « Et il excita pour eux la compassion de tous ceux qui les retenaient captifs. Sauve-nous, Éternel, notre Dieu ! Et rassemble-nous du milieu des nations, afin que nous célébrions ton saint nom, et que nous mettions notre gloire à te louer ! » (106 : 46‑47).
Le livre IV se termine par une autre forme de doxologie ou louange : « Béni soit l’Éternel, le Dieu d’Israël, d’éternité en éternité ! Et que tout le peuple dise : Amen ! Louez l’Éternel ! » (verset 48).
Livre cinquième
Le livre V (107 à 150) présente une organisation complexe qui honore les derniers rédacteurs de l’ensemble de la compilation. On peut voir dans ce livre final trois sections interconnectées :
- Ps 107 à119 qui, selon la tradition juive, intègrent le Hallel égyptien, louange qui est lue au temps pascal, en rappel de l’exode hors d’Égypte, et qui comprend les psaumes 113 à 118.
- Ps 120 à 134, appelés le cantique des degrés ou des montées. Bien que le débat reste ouvert, ce recueil serait lié à la montée vers Jérusalem pour les saisons des jours saints annuels.
- Ps 135 à 150 qui incluent, sous l’appellation du « petit Hallel », les hymnes de louanges qui terminent les psaumes (146 à 150).
Au sein de cette structure d’ensemble, on trouve, dans la première et la troisième section, une indication supplémentaire d’une conception éditoriale finale complexe.
- Les schémas alphabétiques en hébreu (acrostiches) des psaumes 111 et 112 introduisent le Hallel égyptien. Un parallèle apparaît au psaume 145, également un acrostiche basé sur l’alphabet hébreu, qui ouvre sur la dernière partie de louanges (146‑150), avec pour suscription « Louange de David ».
- Les psaumes 108 à 110 et 138 à 145 sont attribués à David, chaque groupe précédant les deux parties de louanges.
- Les psaumes 107 et 137 font allusion à la captivité babylonienne et au retour des exilés.
Cette construction parallèle délibérée peut être prolongée dans deux directions en prenant en considération les psaumes historiques qui précèdent les deux sections. À la fin du livre IV, nous avons vu que les psaumes 105 et 106 reprennent l’histoire d’Israël respectivement depuis Abraham jusqu’à son installation dans le pays et depuis l’exode jusqu’à l’exil. Le psaume 106 finit par une prière pour que Dieu délivre les captifs de toutes les nations qui les retiennent. Ce qui amène au psaume 107 qui, d’abord, remercie de ces libérations. La troisième section du livre V débute par les deux seuls autres psaumes historiques du livre : 135 et 136. Le début de ce dernier reprend les mêmes mots que les psaumes 105 et 106 : « Louez l’Éternel, car il est bon. » Le psaume 137 porte un regard rétrospectif sur la captivité, en l’observant depuis la délivrance.
Mais que dire du psaume 119, bien connu et prisé, également le plus long avec ses 176 versets ? Non seulement les Psaumes sont au centre de la Bible, mais le psaume 119, à la gloire de la loi divine, annonce la compilation centrale du cantique des degrés dans le livre V. A-t-il un parallèle ? Le seul autre psaume qui traite de la loi de Dieu est le psaume 1, ce qui nous donne une réponse. Comme le psaume 119, il débute par le mot Heureux. De plus, avec le psaume 1 comme dernière correspondance dans la composition, le lecteur ou l’adorateur est ramené au début du livre, prêt pour un nouveau cycle annuel, ce que les rapatriés ont peut-être été encouragés à faire lorsqu’ils se sont réinstallés dans le pays, avec un temple reconstruit et une nouvelle liturgie.
Les Psaumes comme un tout
Le livre des Psaumes est censé être lu comme un ouvrage complet. Les psaumes abordent de nombreux thèmes et sont de types différents, s’adaptant ainsi à de très diverses situations humaines. C’est un accompagnement du quotidien, avec ses hauts et ses bas, ses difficultés et ses épreuves. D’après un auteur, c’est « une petite Bible », un résumé de tout ce qui constitue la vie pour les êtres humains en chemin vers le salut de Dieu.
N’importe lequel des cinq psaumes de louange qui terminent le livre ferait une conclusion appropriée à cette présentation. Celui qui entame la partie finale (Psaume 146) nous rappelle qui nous sommes, où nous nous situons actuellement et sur qui nous devons compter. Extrait de la version du Tanakh :
« Alléluia ! Mon âme, célèbre le Seigneur. Je veux célébrer l’Éternel ma vie durant, chanter mon Dieu tant que j’existerai. Ne placez pas votre confiance dans les grands, dans le fils d’Adam, impuissant à secourir. Que son souffle se retire de lui, il rentre dans sa poussière : le jour même ses projets sont anéantis. Heureux qui a pour appui le Dieu de Jacob, et met son espoir en l’Éternel, son Dieu ! Il a fait le ciel, la terre, la mer et tout ce qu’ils contiennent ; il est éternellement fidèle [à sa parole], fait valoir le droit des opprimés, donne du pain à ceux qui ont faim ; l’Éternel met en liberté les prisonniers. L’Éternel rend la vue aux aveugles, l’Éternel redresse ceux qui sont courbés. L’Éternel aime les justes ; l’Éternel veille sur les étrangers, soutient l’orphelin et la veuve, tandis qu’il bouleverse la vie des pervers. Le Seigneur régnera à jamais, ton Dieu, ô Sion, d’âge en âge. Alléluia ! »
Le livre des Psaumes se termine par Israël dans un cadre postexilique. Délivrés de leur captivité babylonienne, les rapatriés se sont rassemblés à Jérusalem pour établir une société nouvelle avec Dieu en son centre.
Dans la dernière partie de cette série, nous étudierons le texte restant dans les Écrits, le livre historique et prophétique de Daniel. Ce livre, depuis son début à Babylone jusqu’à l’arrivée des Perses puis des Grecs et, finalement, celle des Romains, comble le vide de la période intertestamentaire, et bien au-delà.
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(PARTIE 38)