Le péché, le sexe et l’esprit humain

L’usage de la pornographie est-il vraiment grave ?

La pornographie sur Internet a un lien surprenant avec un ancien code moral. Ce code s’applique-t-il encore aujourd’hui ?

On pourrait penser que très peu de gens croient encore à un lieu de châtiment après la mort — que l’idée du purgatoire ou de l’enfer n’est qu’un vestige de la pensée médiévale, le sujet d’œuvres d’art effrayantes et d’une littérature grotesque. Pourtant, des recherches empiriques récentes remettent cette hypothèse en question.

Selon une enquête du Pew Research Center réalisée en 2023, pas moins de 83 % des adultes américains croient que les êtres humains possèdent une âme ou un esprit en plus d’un corps physique, et 61 % croient à l’existence de l’enfer. Au Royaume-Uni, les jeunes générations sont plus enclines à croire en l’enfer que les plus âgées (environ 30 % des millennials, de la génération Z et de la génération X, contre moins de 25 % de la génération silencieuse et des baby-boomers).

Apparemment, beaucoup craignent qu’une peine faite de douleur et de souffrance intenses les attende pour leurs péchés. Il pourrait s’agir d’une réclusion et de souffrances dans un lieu littéralement enflammé (l’invention par Dante Alighieri des royaumes du purgatoire et de l’enfer fait certainement partie de l’imaginaire populaire), ou d’une séparation éternelle de Dieu, dans les ténèbres extérieures. Même un croyant éloigné de la foi peut ressentir la menace persistante de l’enfer. Et comme nous ne pouvons pas prouver que la vie ne continue pas après la mort, l’agnostique et l’athée peuvent eux aussi succomber à de telles craintes. L’incertitude et la culpabilité peuvent se combiner pour créer une anxiété sous-jacente et inconsciente.

« Par moi l’on va dans la cité dolente. Par moi l’on va dans l’éternelle douleur. […] Vous qui entrez, abandonnez toute espérance. »

Inscription sur les portes de l’enfer dans l’Inferno (l’enfer) de Dante Alighieri (1314), traduit par Robert Pinsky

Ordre social

Malgré les résultats de l’enquête du Pew Research Center, tout ce discours peut encore sembler constituer un retour illogique au passé dans un monde où le péché a largement disparu comme catégorie du comportement humain. Même certains chrétiens engagés éprouvent des difficultés avec l’idée du péché ; ils choisissent des Églises qui préfèrent approuver les comportements plutôt que les proscrire (en ignorant l’enseignement biblique concernant les conséquences du refus de faire ce qui est juste). Si certaines personnes ne veulent pas penser en termes de péché, elles peuvent donc estimer qu’elles n’ont pas à se préoccuper de l’enfer ni du châtiment. Pourtant, cette possibilité persistante demeure : et si une punition les attendait ? Parce que nous savons que certains de nos comportements sont loin d’être idéaux, antisociaux et destructeurs des relations humaines, nous pouvons ressentir un sentiment de culpabilité tout à fait compréhensible.

Nous savons également que les sociétés ne peuvent pas fonctionner comme des zones dépourvues de lois, où aucun châtiment n’existe pour les actes répréhensibles. Depuis l’Antiquité, les sociétés reconnaissent la nécessité de codes juridiques définissant les comportements justes et injustes — de la fraude à la corruption, du vol à la calomnie, de l’inceste au meurtre. Mais certains pourraient se demander si de telles transgressions légales équivalent réellement au péché.

Du point de vue judéo-chrétien, le récit biblique fournit une grande partie de la compréhension morale et éthique qui a servi de fondement à la civilisation occidentale. Il contient des listes de bons et de mauvais comportements. Examiner ces listes pourrait apporter un éclairage sur un ordre social où tous les êtres humains peuvent s’épanouir.

Considérons les 15 caractéristiques que l’apôtre Paul a décrites au premier siècle comme ruineuses pour les relations humaines : « Or les œuvres de la chair sont manifestes : l’immoralité sexuelle, l’impureté, la débauche, l’idolâtrie, la sorcellerie, les inimitiés, les querelles, les jalousies, les accès de colère, les rivalités, les divisions, les factions, l’envie, l’ivrognerie, les orgies, et les choses semblables » (Galates 5 : 19-21).

Même après 2 000 ans, ses paroles sonnent toujours juste. La nature humaine change très peu.

Dans la liste de Paul, trois traits sont de nature sexuelle, deux sont religieux, huit concernent les mœurs sociales et deux se rapportent à l’intoxication. Dans le reste de cet article, nous examinerons les trois premiers : l’immoralité sexuelle, l’impureté morale (y compris la violence sexuelle) et l’abandon aux excès sexuels sans retenue. Ces trois caractéristiques constituent une menace en cascade pour les relations intimes et la stabilité sociale.

Hier et aujourd’hui

Dans le grec du premier siècle, le mot porneia désignait l’immoralité sexuelle. Employé à l’origine pour désigner la prostitution, son sens a fini par englober toute forme de trahison sexuelle ou d’acte sexuellement immoral. À l’époque de l’apôtre Paul, la porneia était acceptable dans la société — avec certaines limites. Le spécialiste du Nouveau Testament Richard Longenecker explique : « Ce vice était si courant dans le monde gréco-romain du temps de Paul qu’il n’était pas considéré comme particulièrement répréhensible, sauf lorsqu’il était poussé à l’excès. » Longenecker cite le commentateur biblique William Barclay : « Il est significatif que Paul commence par ce péché. La vie sexuelle du monde gréco-romain à l’époque du [Nouveau Testament] était un chaos sans loi. »

Le mot français pornographie (du grec porne, « prostituée », et graphein, « écrire ») est lié, dans son étymologie, à l’immoralité sexuelle (porneia). La définition initiale du mot pornographie dans les dictionnaires, en 1842, était : « peintures obscènes de l'Antiquité, particulièrement dans les temples de Bacchus. »

« Je ne tenterai pas aujourd’hui de définir plus précisément les types de contenu que je considère comme relevant de cette expression abrégée [pornographie explicite] ; […] mais je la reconnais quand je la vois. »

Justice Potter Stewart, Cour suprême des États-Unis, Jacobellis v. Ohio (1964)

Nous pourrions nous demander comment notre monde se compare à cette époque ancienne. Comme nous l’avons déjà noté, la porneia était courante au temps de Paul, tout comme les problèmes connexes d’impureté sexuelle et de manque de maîtrise sexuelle.

L’exposition actuelle à la pornographie constitue un moyen de comparaison utile. Selon un rapport de recherche publié en 2024 dans la revue Addiction, « l’usage de la pornographie est répandu dans la population générale en Australie, en Amérique du Nord et en Europe, où environ 70 à 94 % des adultes déclarent avoir déjà consommé de la pornographie dans de vastes études nationales fondées sur des échantillons représentatifs ». D’autres indicateurs montrent les graves conséquences de l’usage problématique de la pornographie (PPU), défini comme « une consommation incontrôlable, répétitive et persistante de pornographie accompagnée d’une détresse cliniquement significative et d’une altération du fonctionnement quotidien (par exemple, la perte d’emploi) ».

Même si l’implication excessive dans la pornographie n’est actuellement pas classée comme un problème de santé mentale aux États-Unis, le PPU est inclus dans la nouvelle catégorie « Trouble du comportement sexuel compulsif » (CSBD) de la 11ᵉ révision de la Classification internationale des maladies.

Le rapport 2024 de la revue Addiction poursuit : « Environ 1 à 38 % des participants ont déclaré souffrir de PPU dans ces études, les estimations de prévalence variant entre 3 et 38 % chez les hommes et entre 1 et 23 % chez les femmes. » Dans une étude menée en 2021 - 2022 auprès de 82 243 personnes ayant en moyenne 32 ans, réalisée dans 42 pays et 26 langues, les scores de PPU les plus élevés ont été observés chez les hommes de Taïwan, de Chine, de Malaisie, de Turquie et du Brésil.

Cette vue d’ensemble masque le fait qu’en 2023, 20 pays représentaient plus de 78 % de l'ensemble des consommateurs du principal site pornographique mondial. Parmi les cinq pays mentionnés ci-dessus, seul le Brésil y apparaît (à la 10ᵉ place). Les États-Unis arrivent en tête de liste, suivis des Philippines, de la France, du Mexique, du Royaume-Uni, du Japon, de l’Allemagne, de l’Italie, du Canada et du Brésil. Bien que le chiffre ait fluctué, ce site affirme avoir enregistré en moyenne environ 5,5 milliards de visites mensuelles en 2024. C’est le plus grand, mais ce n’est qu’un site parmi des millions d’autres proposant du contenu pornographique — environ 12 % de l'ensemble des sites Internet. Aux États-Unis, 95 % de la population a accès à Internet, et 98 % de la consommation de pornographie en 2021 se faisait en ligne, avec 69 % visionnée sur téléphone portable.

« Avec une visite sur un site de vidéos pour adultes […], vous pouvez voir plus de corps nus en une seule minute que le plus libertin des Victoriens n’en aurait vus durant toute sa vie. »

Ogi Ogas et Sai Gaddam, A Billion Wicked Thoughts : What the Internet Tells Us About Sexual Relationships

Au-delà des simples chiffres, les données quantitatives dissimulent une réalité encore plus insidieuse, car ce que les consommateurs regardent est profondément troublant. Ce contenu est souvent raciste, dégradant pour les hommes, les femmes et les enfants, abusif, violent et pervers. Ce que les utilisateurs ne réalisent peut-être pas, c’est que la traite sexuelle d’enfants se trouve derrière les images pornographiques mettant en scène des enfants âgés de 7 à 11 ans. Ce n’est là qu’un aspect effroyable de l’industrie extrêmement lucrative de la pornographie, dont la valeur dépassait, en 2023, le milliard de dollars américains.

Des recherches montrent que les enfants qui sont exposés à la pornographie le sont souvent à un très jeune âge — entre 9 et 13 ans en moyenne. À l’adolescence, la plupart des jeunes ont été exposés d’une manière ou d’une autre à la pornographie sur Internet, 93 % des adolescents et 62 % des adolescentes ayant déclaré y avoir été exposés en ligne. Certaines données indiquent que les hommes établissent un lien entre leur exposition précoce à la pornographie et leur fréquence d'utilisation plus tard dans la vie.

Ces statistiques montrent que, même si la dépendance touche un pourcentage relativement faible de la population, l’exposition à du contenu pornographique est très élevée — pourtant, peu de personnes considèrent cela comme problématique. Dans une étude, seulement 14 % des Américains estimaient que l’usage de la pornographie est mauvais, tandis que 51 % ne le pensaient pas.

Quels sont les effets néfastes ?

Les dommages que peut causer la pornographie commencent quelque part. Avant qu’une personne ne devienne victime d’un usage problématique de la pornographie (PPU), elle peut commencer à en consommer pour diverses raisons : par divertissement, pour soulager le stress ou l’anxiété, pour compenser un traumatisme d’enfance ou à la suite d’une exposition durant l’enfance.

Les thérapeutes qui traitent le PPU apportent un éclairage important sur la question de savoir si la pratique de la pornographie est nuisible. Alors que certains sont catégoriques quant à ses effets négatifs, d’autres affirment qu’il est encore trop tôt pour se prononcer, qu’il n’existe pas suffisamment de preuves objectives pour trancher, que les témoignages personnels biaisent les résultats ou que les croyances religieuses faussent le débat.

L’examen de quelques études de cas peut apporter un éclairage utile sur ce sujet.

Considérons un exemple d’infidélité sur Internet, rapporté dans The American Journal of Family Therapy : un couple a entrepris une thérapie après que l’addiction du mari à la pornographie a menacé leur mariage. Leur vie conjugale intime avait commencé par le visionnage commun de pornographie. Même si l’épouse ne l’appréciait pas, elle y participait. Ce qui avait commencé comme une activité partagée est finalement devenu une compulsion privée du mari, menaçant les fondements mêmes de leur relation. Plus tard, lorsqu’elle a découvert des preuves de son visionnage privé, elle a commencé à éprouver du ressentiment et un sentiment de trahison. Le désir de relations sexuelles mutuelles de son mari diminuait à mesure qu’il poursuivait son visionnage. Il a développé une tolérance et ne pouvait plus être excité qu'avec de contenus de plus en plus variés. Finalement, confronté au risque de perdre son épouse, il a cherché une aide thérapeutique. Celle-ci consistait notamment à créer une alliance avec elle contre l’intrus pornographique dans leur mariage. En comprenant qu’il avait permis à une tierce partie de perturber leur relation, il a finalement été prêt à entreprendre des démarches pour se libérer de son addiction. Plusieurs caractéristiques communes du PPU apparaissent ici : les hommes sont plus enclins à y succomber que les femmes ; ils souffrent souvent de dépression, d'anxiété et de honte. De leur côté, leurs épouses peuvent également souffrir de dépression, mais aussi d'un sentiment de trahison, d'une perte de confiance et d'estime de soi, de colère et d'insécurité.

Dans un autre cas, rapporté dans le Journal of Sex and Marital Therapy, un homme célibataire de 37 ans occupait un emploi à responsabilités pendant la journée, mais passait chaque soir, pendant dix ans, trois à quatre heures à regarder de la pornographie sur Internet. Bien qu’il ait tenté de mettre fin à son addiction, il ne parvenait pas à exercer le niveau de maîtrise de soi nécessaire. Il ressentait de la honte et de la culpabilité et s'isolait socialement et se sentait seul, ce qui ne faisait que renforcer son habitude pornographique. La thérapie a révélé une enfance marquée par la maltraitance et la présence d'un père alcoolique. En conséquence, il craignait l’attachement et l’intimité. Dans ce cas, les traumatismes vécus durant l’enfance avaient provoqué des mécanismes d'adaptation addictifs à l’âge adulte. Grâce à une thérapie approfondie centrée sur ses processus psychologiques inadaptés, il a pu faire des progrès significatifs dans la maîtrise de ses compulsions.

« Les neuroscientifiques savent désormais que les mauvaises habitudes […] deviennent les circuits par défaut lorsque nous sommes confrontés à la tentation. […] Mais nous savons également qu’il est possible de recâbler le cerveau afin de développer des circuits plus sains. »

Richard O’Connor, Rewire : Change Your Brain to Break Bad Habits, Overcome Addictions, Conquer Self-Destructive Behavior

Ces récits individuels révèlent davantage qu’un simple combat personnel ; ils mettent en lumière la manière dont la disponibilité de la pornographie sur Internet aggrave la situation des victimes. Internet offre un accès anonyme et peu coûteux. Lorsque l’apôtre Paul a inclus trois péchés sexuels dans sa liste de 15 défaillances humaines courantes, il ne connaissait rien de la puissance et de l’influence des communications modernes. Pourtant, son identification de l’immoralité sexuelle (porneia) et des comportements qui lui sont associés comme figurant parmi les principaux problèmes sociaux de son époque rejoint certainement à notre propre expérience dans cette ère ultra-pornographique.

Dans le même passage, Paul a également évoqué les qualités qui doivent remplacer les traits négatifs pour que la guérison puisse commencer. Certains thérapeutes ont identifié l’amour envers les autres et la maîtrise de soi comme des éléments essentiels dans le processus de guérison. Paul mentionne la bonté, la bienveillance, la fidélité, la douceur et la maîtrise de soi parmi les qualités qui découlent de l’Esprit de Dieu agissant en l’esprit humain restauré (Galates 5 : 22-23).

Si vous luttez contre un usage problématique de la pornographie, consultez un thérapeute qui comprend la gravité du problème (ce n’est pas le cas de tous). Même si les défis liés aux comportements compulsifs peuvent sembler accablants, l’espoir naît grâce à des stratégies de guérison complètes. Une aide professionnelle, un accompagnement spirituel et un soutien bienveillant peuvent créer l’environnement nécessaire à une véritable guérison et à un authentique renouveau.

Si vous ressentez le besoin d’une aide spirituelle, vous pourriez commencer par consulter la série d’articles de Vision intitulée : La voie du changement.

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