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Le Message de Daniel
Le dernier épisode de cette série examine les multiples facettes du livre de Daniel, qui établit un pont entre l’Ancien et le Nouveau Testament.
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(PARTIE 37)
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Qui n’a pas entendu parler de la délivrance de Chadrac, Méchac et d’Abed-Nego de la fournaise ardente, ou de la protection de Daniel dans la fosse aux lions ? Ce sont des histoires familières depuis l’enfance. Pareillement, la prophétie de Daniel interprétant le rêve du roi babylonien Nabuchodonsor (or Nebucadnetsar) d’une grande statue de métal est elle aussi bien connue. Cependant, pris dans son ensemble, le livre de Daniel est déconcertant à plusieurs égards.
Il ne figure pas parmi les livres prophétiques au sein des Écritures hébraïques, mais il se trouve au contraire dans les livres historiques. En dépit du fait que le titre suggère que Daniel en est l’auteur, et que Jésus mentionne son livre comme une prophétie, la première moitié du livre (chapitres 1 à 6) est rédigée dans un genre narratif au sujet de Daniel et ses trois amis à travers six récits individuels. La seconde moitié (chapitres 7 à 12), composée dans le genre apocalyptique, est écrite par Daniel, lequel rapporte quatre visions prophétiques distinctes.
Bien que six des chapitres du livre et une partie du septième soient rédigés en hébreu (1, 2 : 1–4 a, 8–12), le reste est composé en araméen (2 : 4 b–7), la langue véhiculaire de l’époque. Néanmoins, cette répartition inhabituelle des langues bibliques ne coïncide pas parfaitement avec les deux genres, contrairement à ce que l’on pourrait penser. En effet, aussi bien la partie narrative que la partie prophétique contiennent des passages dans les deux langues.
En outre, les exégètes se sont longuement penchés sur la date de rédaction et le public visé. Il en ressort que le livre a été écrit au cours du VIème siècle av. J.-C. et que son audience initiale était la communauté juive exilée de l’époque de Daniel.
En dépit des divergences d’opinions entre spécialistes sur ces questions et sur d’autres, nous avons beaucoup à apprendre d’un livre dont l’horizon temporel s’étend de 605 (Daniel 1 : 1) à 537 av. J.-C. (10 : 1), et se poursuit jusqu’au XXIème siècle, qui pourrait s’avérer être ce que le livre désigne comme « les temps de la fin » (cf. Empires, souverains et évènements dans le livre de Daniel : histoire et interprétation). Cette orientation vers un futur lointain permet à ce livre de conclure opportunément cette série sur la Loi, les Prophètes et les Écrits.
Une étude plus précise de la structure et du cadre de l’ouvrage nous aidera à mieux comprendre son thème central unificateur : malgré tous les évènements qui surviennent dans la vie, y compris le conflit entre le peuple fidèle à Dieu et les souverains vaniteux et souvent cruels, c’est Dieu qui contrôle la destinée humaine. D’autres aspects qui relient les deux moitiés du livre résident dans la similarité entre les visions des chapitres 2 et 7, où sont identifiés des empires terrestres successifs.
« Ce n’est pas en nous livrant à des batailles de critiques historiques que nous saisirons la pertinence du livre ; au contraire, le message contenu dans le livre est révélé à ceux qui tentent de partager la vision de l’auteur. »
Les chapitres narratifs
À l’ouverture du chapitre 1, nous découvrons la première des invasions de Nabuchodonsor en Judée ainsi que la soumission du roi Joachin, ce qui entraîne la déportation à Babylone des nobles, des princes et des membres de la famille royale. Certains de ces exilés sont retenus pour prendre part à un programme d’instruction sur trois ans en culture, sagesse, érudition et langue babyloniennes. Dans cet évènement, nous voyons Dieu accorder ses faveurs aux captifs pour qu’ils trouvent grâce aux yeux de leurs maîtres babyloniens. En dépit des luttes et du découragement inhérents à l’exil, tout n’est pas si sombre pour les captifs juifs.
Parmi les exilés choisis se trouvent Daniel et ses trois amis mentionnés précédemment. À la fin de leur période de formation, ils sont invités en la présence du roi : « Sur tous les objets qui réclamaient de la sagesse et de l’intelligence, et sur lesquels le roi les interrogeait, il les trouvait dix fois supérieurs à tous les magiciens et astrologues qui étaient dans tout son royaume. » (1 : 20).
L’usage de la langue hébraïque, qui constitue un choix logique pour présenter des enseignements à un public juif, ne s’étend que jusqu’au verset 4 b du second chapitre. À partir de là, les conseillers chaldéens s’adressent au roi en araméen. Le roi est troublé par un rêve et demande à ce qu’on lui en explique le contenu et la signification — or il s’agit d’une tâche impossible, que seul Daniel peut résoudre grâce à l’inspiration divine (2 : 19–23).
Le recours à l’araméen se poursuit dans les récits suivants qui portent sur Daniel et ses camarades, peut-être dans l’objectif de renforcer l’authenticité des récits se déroulant dans la Babylone païenne et qui font référence à plusieurs empires terrestres. Le septième chapitre apocalyptique, écrit lui aussi en araméen, établit un lien avec ce genre, et est continué par les cinq chapitres restants en hébreu.
Il devient ici utile de détailler le contenu et la structure en miroir des chapitres 2 et 7, qui nous apprennent la suprématie de Dieu sur les nations et les souverains quand il s’agit de défendre Son peuple.
Structure des chapitres en araméen dans le livre de Daniel
| A | Chapitre 2 : quatre empires et l’avènement du royaume de Dieu |
| B | Chapitre 3 : l’épreuve par le feu et la protection divine |
| C | Chapitre 4 : un roi averti, repentant et délivré |
| C' | Chapitre 5 : un roi averti, non repentant et déchu |
| B' | Chapitre 6 : l’épreuve par les animaux sauvages et la protection divine |
| A' | Chapitre 7 : quatre empires et l’avènement du royaume de Dieu |
Le cadre externe de ce motif littéraire (A, A’) met l’accent sur quatre royaumes terrestres, à commencer par l’empire babylonien de Nabuchodonsor, correspondant à la tête en or de la grande statue vue dans le rêve troublant. Les autres royaumes représentent successivement l’empire médo-perse d’argent, l’empire grec de bronze et l’empire romain de fer (2 : 31–33, 37–43).
Il est important de noter qu’aucun de ces empires ne dure éternellement. Chacun est conquis par une puissance qui lui succède. Mais, en fin de compte, la statue tout entière est renversée et écrasée par une force extérieure, symbolisée par une grosse pierre d’origine non humaine.
Le contenu du rêve visionnaire de Daniel au chapitre 7, où les empires sont représentés par quatre animaux sauvages mystiques, raconte également la destruction à venir des systèmes terrestres successifs par une intervention non humaine — c’est-à-dire divine. Les quatre systèmes mondiaux, symboles de toute domination humaine impie, seront en définitive remplacés par le royaume éternel de Dieu, sur lequel règnera le Fils de à son retour. (7 : 13–14, 26–27).
Le cadre interne (B, B ») porte sur des individus pieux qui sont opposés à des rois impies. Le récit racontant comment trois jeunes gens emplis de foi sont brutalement jetés dans la fournaise ardente de Nabuchodonsor avant d’être sauvés par Dieu a comme pendant l’histoire du malheureux Darius lançant Daniel dans la fosse aux lions, avec pour seul résultat de le voir en émerger indemne grâce à la délivrance divine.
Daniel dans la fosse aux lions de Rembrandt Harmenszoon van Rijn, calame et fine couche de bistre (vers 1652)
Deux rois, représentatifs des gouvernements humains, se trouvent au centre de la structure (C, C’) : Nabuchodonsor et son descendant Balthasar. Lorsque Dieu avertit chacun des limites de leur pouvoir, Nabuchodonsor fait le choix de se soumettre à la souveraineté de Dieu et est récompensé en conséquence (chapitre 4). À l’inverse, Balthasar, bien qu’averti par le célèbre épisode de l’écriture sur le mur, défie Dieu et subit le châtiment promis : les Médo-perses tuent le roi et absorbent l’empire babylonien dans leur propre empire (chapitre 5). À travers ces récits, nous constatons une fois de plus que c’est Dieu qui contrôle la destinée humaine.
Étant donné que la chronologie du récit, à la fois complexe et décousue, joue un rôle significatif au sein du livre, il nous paraît utile d’en donner un aperçu.
Chronologie du livre de Daniel
La Perse et la Grèce
Dans les parties narratives, Daniel se fait l’interprète de rêves et d’évènements ; au contraire, dans les passages apocalyptiques, c’est lui qui a besoin d’un interprète. Dans chacune de ses quatre visions aux chapitres 7 à 12, un ange joue ce rôle.
Il nous est dit que, au cours de la troisième année du règne du roi Balthazar (8 : 1), Daniel se trouve près l’ancienne cité élamite de Shushan (Suse). Bien que la ville ne se trouve qu’à quelques centaines de kilomètres à l’est de Babylone, il semble probable que Daniel y soit présent en une vision. De nouveau, des animaux représentent symboliquement des nations. Daniel observe un bélier fort et puissant attaqué et défait par un bouc encore plus puissant et enragé venant de l’ouest.
Aussi bien l’interprétation angélique que l’histoire séculière confirment cette confrontation comme la menace grandissante exercée sur la domination médo-perse par le conquérant macédonien Alexandre le Grand. D’autres éléments de la prophétie révèlent que cet empire grec finira par être divisé en quatre parties, dont l’une d’elles produira un souverain exceptionnellement féroce qui pénétrera en Terre sainte et profanera le temple de Jérusalem. Daniel surprend ensuite une conversation entre deux êtres angéliques, où il apprend que cette horrifique période au sein du temple durera 2 300 jours (littéralement « soirs-matins »). Cela est confirmé par l’ange Gabriel, qui déclare cependant que cet évènement ne s’accomplira qu’à une période lointaine (8 : 13–14, 26). Cette prémonition d’une immense calamité destinée à s’abattre sur Jérusalem trouble profondément Daniel.
La suite de l’histoire juive, contenue dans le premier livre des Maccabées, nous permet de mettre un nom sur ces évènements visionnaires. Daniel a eu un aperçu de ce qui se produira dans les siècles à venir. L’empire d’Alexandre s’est bien fragmenté en quatre parties après sa mort prématurée. Comme annoncé par la prophétie, parmi les quatre cornes, ou divisions, du bouc symbolique, un souverain est devenu tristement célèbre : le roi séleucide Antiochos IV Épiphane. Celui-ci a ordonné aux Juifs d’adopter des pratiques religieuses païennes, consistant, entre autres, à polluer l’autel du temple de Jérusalem destiné à y faire brûler des offrandes en plaçant par-dessus un autre autel pour y sacrifier des porcs à Zeus. Comme indiqué dans l’explication de la vision de Daniel (8 : 13–14, 25), la période séleucide de profanation a pris fin après 2 300 sacrifices matin et soir, soit 1 150 jours (167-164 av. J.-C.), au cours de la révolte des Maccabées, au cours de laquelle les rebelles juifs ont expulsé leurs persécuteurs.
« La thématique qui parcourt le livre d’un bout à l’autre est celle de la soumission de la fortune des rois et des affaires des hommes à la volonté de Dieu, et de sa capacité à accomplir sa volonté en dépit des oppositions les plus farouches de la part des potentats les plus puissants sur terre. »
Soixante-dix ans et soixante-dix semaines
Nous arrivons ensuite au chapitre 9, qui porte sur la révélation faite à Daniel au sujet de la venue du Messie. Il ne s’agit pas tant d’une nouvelle vision que de la suite de l’explication de ce qui a tant troublé Daniel, tourmenté par l’annonce de l’attaque du sanctuaire de Dieu.
Ce récit s’intègre dans l’attente de la part du prophète de la fin de la période d’exil à Babylone. Ce dernier a lu une prophétie datant d’avant l’exil (Jérémie 25 : 9–12 ; 29 : 10) qui fait état de l’annonce de 70 ans de désolation sur Jérusalem. Sachant que la période arrivera bientôt à terme, Daniel implore le pardon de Dieu et la restauration de la nation juive. La punition qui s’est abattue sur Israël et Jérusalem est le résultat de la rupture de l’alliance passée avec Dieu sur le mont Sinaï. Moïse avait déjà prophétisé une telle issue ainsi que le retour vers Dieu bien avant l’entrée des Israélites en Terre promise (cf. Lévitique 26 : 33–35, 40–42).
Il n’est pas si difficile de dater la fin de la période de 70 ans, puisque Daniel écrit sa prière en 539, la première année du règne de Darius — peut-être un roi désigné par Cyrus, ou le nom babylonien de Cyrus — et aussi l’année de la chute de Babylone.
Si le chiffre de 70 ans est à prendre au sens littéral, alors la période commence en 609, or cette date n’a aucun lien avec la destruction de Jérusalem. En revanche, c’est l’année où le pharaon Néchao II a tué le dernier roi intègre de Juda, Josias. Dieu avait dit que, en dépit de la droiture du roi, la punition de Juda ne serait plus repoussée (2 Rois, 22 : 16–20 ; 23 : 25–27). Les Égyptiens étaient en route vers l’Euphrate pour soutenir les Assyriens face aux Babyloniens, mais ils furent battus à Haran dans le désastre de leur dernière campagne contre Babylone. Ainsi, l’année 609 signe la fin de la puissance assyrienne et l’émergence de la suprématie néo-babylonienne.
D’un autre côté, si 70 ans correspondent à un chiffre rond, alors la date significative la plus proche serait l’année 605, où les troupes de Nabuchodonsor ont assiégé Jérusalem pour la première fois — soit 66 ans avant l’année 539.
En réponse au jeûne et à la prière de Daniel, l’ange Gabriel est envoyé lui apporter un message. La réponse à ses préoccupations concernant l’achèvement de la période de 70 ans de désolation porte sur d’autres 70 années prophétiques qui culminent avec la venue du Messie. Même s’il est tentant de tenter de relier cette nouvelle information à la situation de Jérusalem à l’époque de Daniel, le contenu du message est explicite sur le fait que cette prophétie porte sur le futur immédiat et lointain. « Soixante-dix semaines [sabuim en hébreu, soit le pluriel de « sept ») ont été fixées sur ton peuple et sur ta ville sainte, pour faire cesser les transgressions et mettre fin aux péchés, pour expier l’iniquité et amener la justice éternelle, pour sceller la vision et le prophète, et pour oindre le Saint des saints. » (Daniel 9 : 24).
« La réponse de Gabriel à la prière de Daniel réside dans l’interprétation des soixante-dix ans d’une manière qui semble dépasser leur champ d’application. »
Soixante-dix semaines sabbatiques (70 x 7 semaines par an) équivalent à 490 ans. Cette période, décomposée en 7 + 62 + 1 semaines, commence « Depuis le moment où la parole a annoncé que Jérusalem sera rebâtie » quand « les places [rehob en hébreu, soit « places ouvertes »] et les fossés [harus en hébreu, soit « tranchées », « douves »], mais en des temps fâcheux » (9 : 25–27).
Le décret d’Artaxerxès Ier, stipulant la reconstruction de Jérusalem, a été émis en 457 (Ezra 7 : 11 – 26) ; la ville a été partiellement relevée pendant l’époque d’Erza puis de nouveau rénovée sous Néhémie (Ezra 4 : 11–23 ; Néhémie 3–7). Si l’on prend compte 69 ans parmi les 70 années prophétiques (483 années) à partir de 457, cela nous amène en l’an 27 apr. J.-C., où nous lisons que le Messie sera « retranché », mais pas avant le début de la 70ème semaine, pendant laquelle il confirmera une alliance avec plusieurs peuples (Daniel 9 : 26). Le Christ a été mis à mort par crucifixion, retranché, après trois ans et demi de ministère public, faisant « cesser le sacrifice et l’offrande » (verset 27), et inaugurant la nouvelle alliance avec Son peuple.
L’explication angélique contient également un message concernant une autre profanation de Jérusalem, dont le sacrilège commis par Antiochos constitue un exemple. Au sein du message sur la mort sacrificielle du Christ est inséré une déclaration énigmatique, selon laquelle « le peuple d’un chef qui viendra détruira la ville et le sanctuaire » — ce qui peut être considéré comme une référence à la destruction de Jérusalem et du temple par les Romains en 70 apr. J.-C.
Temps troublés
La vision suivante, et la dernière, de Daniel (chapitres 10-12) se déroule pendant la troisième année du règne de Cyrus (soit 536) après trois semaines de deuil, ou de jeûne, pratiquées pour mieux comprendre le projet de Dieu pour son peuple. Daniel voit un puissant être angélique qui lui annonce : « Je viens maintenant pour te faire connaître ce qui doit arriver à ton peuple dans la suite des temps ; car la vision concerne encore ces temps-là » (10 : 14). Avec l’aide de l’archange Michel, cet être angélique a participé à une confrontation avec les rois de Perse et avec un prince, peut-être une puissance spirituelle malfaisante entendant contrecarrer les desseins de Dieu. Cette résistance a continué pendant 21 jours, soit la durée du jeûne de Daniel.
L’ange poursuit son message au chapitre 11 en donnant plus de précisions sur la chute de l’empire perse, l’essor de la Grèce et l’éclatement de l’empire grec en quatre parties (11 : 1–4). Deux de ces quatre parties sont identifiées comme les empires belligérants ptolémaïque et séleucide, respectivement le « roi du Midi » et le « roi du Nord ». Sans donner de nom, la prophétie donne des détails très précis sur les machinations politiques entre les deux puissances, jusqu’à la fin de ce qui s’avère très clairement le règne d’Antiochos IV Épiphane.
Faire la liste de chacun des individus mentionnés dépasserait le cadre de cet article, mais le tableau chronologique en fournit un résumé. Plusieurs versets correspondent effectivement à des épisodes connus du règne d’Antiochos IV Épiphane. Il est un homme « méprisé » qui « s’emparera du royaume par l’intrigue » attaquant et vainquant « le roi du Midi avec une armée nombreuse et très puissante. » De retour à Jérusalem, il rassemble ses troupes, « elles profaneront le sanctuaire, la forteresse, elles feront cesser le sacrifice perpétuel, et dresseront l’abomination du dévastateur » en corrompant les personnes « par des flatteries. » À partir de là, l’horizon temporel s’accroît pour inclure le peuple de Dieu qui agira « avec fermeté, » tout en souffrant pendant une longue période (versets 21–32).
Puis « les plus sages parmi eux donneront instruction à la multitude. Il en est qui succomberont pour un temps à l’épée et à la flamme, à la captivité et au pillage. Dans le temps où ils succomberont, ils seront un peu secourus, et plusieurs se joindront à eux par hypocrisie. Quelques-uns des hommes sages succomberont, afin qu’ils soient épurés, purifiés et blanchis, jusqu’au temps de la fin, car elle n’arrivera qu’au temps marqué » (Daniel 11 : 33–35, Nouvelle Édition de Genève).
La prophétie revient aux caractéristiques du roi du Nord, lui aussi présenté comme un souverain arrogant comme il en existait déjà parmi les royaumes païens. Il y en aura d’autres comme lui jusqu’aux temps de la fin : « Le roi fera ce qu’il voudra ; il s’élèvera, il se glorifiera au-dessus de tous les dieux, et il dira des choses incroyables contre le Dieu des dieux ; il prospérera jusqu’à ce que la colère soit consommée, car ce qui est arrêté s’accomplira. » (verset 36, NEG1979).
Le message de l’ange en vient rapidement à la conclusion. À l’avenir, juste avant le paroxysme au terme de cet âge d’homme, les deux rois se combattront encore une fois. Le successeur final du roi du Midi attaquera le roi du Nord, qui le battra et pénètrera une fois de plus dans l’antique territoire d’Israël. Alors que plusieurs pays seront entraînés dans cette guerre, certains États voisins de Transjordanie y échapperont. Rendu furieux par les nouvelles venues du nord et de l’est, ce roi poursuivra son attaque, établissant son quartier général en Israël, « puis il arrivera à la fin, sans que personne lui soit venu en aide » (versets 40–45). L’identité de ces descendants des souverains séleucides et ptolémaïques n’apparaît pas clairement dans les écrits de Daniel, mais leurs actions finales précèdent la fin de cet âge.
Le chapitre conclusif commence par : « en ce temps-là se lèvera Michaël, le grand chef, le défenseur des enfants de ton peuple ; et ce sera une époque de détresse, telle qu’il n’y en a point eu de semblable depuis que les nations existent jusqu’à cette époque. » (12 : 1).
« J’entendis, mais je ne compris pas ; et je dis : “Mon Seigneur, quelle sera l’issue de ces choses ?” Il répondit : “Va, Daniel, car ces paroles seront tenues secrètes et scellées jusqu’au temps de la fin”. »
Cette partie du livre explique que, après le dénouement final, certains se réveilleront pour la vie éternelle tandis que l’opprobre s’abattra sur d’autres. Daniel reçoit la consigne de clore la révélation jusqu’au moment où Dieu choisira de mettre un terme à tous ces évènements. Entre-temps, Daniel mourra et attendra la résurrection à la vie, « tu te reposeras, et tu seras debout pour ton héritage à la fin des jours » (12 : 13).
Daniel a demandé combien de temps il restait avant l’achèvement des soixante-dix ans de désolation. Il a entendu parler d’une autre période de soixante-dix semaines, équivalente à 490 années avant la venue du Christ. Il lui a été dit que même cette époque sera interrompue par le retranchement du Messie en plein milieu de la semaine. Par conséquent, cela aura une incidence sur le déroulement de la seconde partie de la semaine. Étant donné que le Christ ne pouvait pas préciser la date de son retour, que seul le Père connaît, ses derniers mots adressés à ses disciples, « Et voici, je suis avec vous tous les jours, jusqu’à la fin du monde. » (Matthieu 28 : 20, NEG1979), peuvent sous-entendre que la seconde moitié de cette semaine prophétique symbolise l’action du Christ parmi Son peuple jusqu’à Son retour.
Quant au système politique dont faisaient partie des Séleucides et les Ptolémées, celui-ci s’est effondré à partir du Ier siècle av. J.-C. et a laissé la place à l’empire romain, à savoir le quatrième animal sauvage des visions de Nabuchodonsor et de Daniel. Contrairement aux empires précédents, celui-ci a connu plusieurs renaissances à travers les âges, a réapparu avant de disparaître de nouveau, et la prophétie annonce qu’il se maintiendra jusqu’à la venue du royaume de Dieu.
La continuation de l’histoire est tirée du livre final du Nouveau Testament, l’Apocalypse, ou le livre de la Révélation.
Le remarquable témoignage de Daniel nous propulse de l’exil à Babylone jusqu’à la période intertestamentaire du Ier siècle av. J.-C., puis jusqu’à la fin de l’âge actuel. La question posée par Daniel sur le déroulement et l’aboutissement du projet de Dieu pour son peuple reste en partie en suspens, mais le message sous-jacent du livre est clair : Dieu est toujours aux commandes.