Rechercher la santé dans un monde malsain
Sommes-nous censés être en bonne santé ? Au commencement, Dieu a dit : « Faisons les hommes de sorte qu’ils soient notre image, qu’ils nous ressemblent » (Genèse 1 : 26, Bible du Semeur). Les maladies chroniques et invalidantes reflètent-elles une situation telle qu’elle devait être ?
Ce serait une erreur de rendre Dieu responsable de notre histoire collective et des décisions qui nous ont conduits là où nous en sommes aujourd’hui. En raison des effets de grande portée du péché, nous vivons dans un monde qui ne reflète pas les intentions de Dieu. Et bien que la perspective biblique annonce la rédemption finale de l’humanité, délivrée des conséquences du péché, nous devons vivre notre existence présente dans le monde actuel. La maladie est l’une des manifestations du fait que la création, métaphoriquement, soupire après ce temps futur de guérison (Romains 8 : 18–22). À notre époque, les statistiques relatives à la santé mondiale ne font qu’illustrer le dilemme humain dans lequel nous nous trouvons et soulignent la nécessité de gérer notre santé dans un monde imparfait.
Selon les données de l’Organisation mondiale de la santé, 68 millions de personnes sont mortes en 2021, pendant la période de la COVID-19. Or, parmi ces décès, les maladies non transmissibles en ont causé au moins 43 millions, soit 75 % des décès non liés à la pandémie dans le monde. Ces morts ne sont pas dues à des agents pathogènes ou à des microbes transmettant une infection d’une personne à une autre, mais à des maladies chroniques telles que les maladies cardiovasculaires et les AVC, le cancer, le diabète et les maladies respiratoires, comme la BPCO.
Nous savons maintenant qu’une grande partie des maladies chroniques est liée à ce qui est devenu notre environnement courant : trépidantet surpeuplé, mais en même temps sédentaire et marqué par l’isolement. Notre manière de bouger, ce que nous mangeons, nos déplacements, nos loisirs, notre façon de faire de l’exercice, de socialiser et de dormir : toutes ces influences ont une incidence sur notre état d’équilibre ou d’anxiété, de santé ou d’incapacité. Nous pouvons nous attendre à des problèmes de santé encore plus graves à mesure que l’environnement continuera de se dégrader et que le climat continuera de changer, engendrant toujours plus de stress personnel et social.
La santé est-elle possible ?
Ces conditions ne sont pas compatibles avec le fait d’avoir été créés à l’image de Dieu. Elles sont toutefois le résultat prévisible d’une connaissance humaine séparée de l’influence divine. C’est ce que nous voulons dire lorsque nous affirmons que le monde est abîmé par les effets du péché : nous subissons les conséquences d’un mode de vie fondé sur la compétition, l’exploitation et la convoitise, plutôt que sur la voie divine de l’amour, de la coopération et de l’égalité. Dans l’ensemble, la souffrance et la maladie humaines sont dues à la manière dont nous avons conçu, construit et géré notre habitat collectif.
Nous sommes bel et bien dans une situation invalidante — ce qui n’aurait pas surpris au moins un observateur. Dans Mirage of Health (1959), le microbiologiste René Dubos (1901–1982) avançait que nous serions toujours au bord de la maladie, que nous serions toujours en mauvaise santé — non pas seulement à cause du vieillissement inévitable et des agents pathogènes, ni du fait d’un quelconque mauvais fondement spirituel. Il croyait plutôt que nous ne serions jamais exempts de maladie en raison de notre incapacité à accepter le statu quo de la vie telle qu’elle est. Selon lui, parce qu’un élan inné nous pousse à explorer et à exposer notre fragile condition à de nouvelles situations, nous nous placerions toujours dans des contextes où la maladie serait l’une des conséquences. On pourrait avancer qu’il s’agit du résultat de la tentative malavisée de vouloir être comme Dieu sans écouter Dieu.
Dubos concluait néanmoins que la santé était un mirage et que la maladie était une donnée de l’existence — simplement une autre facette de la condition humaine. « La maladie restera une manifestation inévitable des luttes [humaines]. [...] L’homme ne pourrait échapper au danger qu’en renonçant à l’aventure, qu’en abandonnant ce qui a donné à la condition humaine son caractère et son génie uniques parmi tous les êtres vivants. »
« Chaque civilisation a son propre genre de fléau et ne peut le maîtriser qu’en se réformant elle-même. »
C’est donc là le mirage. La santé demeurerait toujours hors de portée.
Peut-être ce que Dubos appelait « aventure » pourrait-il simplement être compris comme de mauvais choix. Nous possédons, en effet, un « caractère et un génie uniques » ; et, comme le montre l’état du monde, nous les avons mal orientés. Notre « génie » a besoin d’être rectifié. Ainsi, même si nous ne pouvons pas, en tant qu’individus, rebâtir le monde et ses systèmes, nous pouvons découvrir des moyens d’améliorer notre santé, même dans des circonstances difficiles. La santé n’a pas besoin d’être un mirage inaccessible, toujours au-delà de l’horizon. Comme l’a écrit Salomon, nous ne devons pas renoncer, mais rechercher la sagesse et agir selon ce que nous savons dans tous les domaines qui méritent notre attention, y compris celui de la santé. Après tout, « L’homme intelligent acquiert la connaissance » (Proverbes 18 : 15, Bible du Semeur), et « Quand on ne consulte personne, les projets échouent, mais lorsqu’il y a beaucoup de conseillers, ils se réalisent » (Proverbes 15 : 22, Bible du Semeur).
Il n’est pas vrai que nous soyons aujourd’hui en quelque sorte condamnés à vivre en mauvaise santé. Après tout, nous sommes « une créature si merveilleuse », a écrit le psalmiste. « Tes œuvres sont admirables, et je [ma vie, mon être] le reconnais bien » (Psaume 139 : 14, Segond 21).
Harmoniser le corps et l’esprit
Cela étant, il est bon de viser des pratiques qui amélioreront notre vie physique. Il est tout aussi clair que nous ne devons pas mettre la charrue avant les bœufs. La santé physique n’est pas la finalité absolue. Le bien-être physique est temporaire, quoi que nous fassions, et Dieu a pour nous des desseins qui dépassent cette vie. Paul, écrivant à Timothée, a fait remarquer que l’exercice physique est utile, mais qu’un autre exercice — porter le fruit de l’Esprit — constitue une priorité plus élevée : « L’exercice physique est utile à peu de choses. La piété, elle, est utile à tout puisqu’elle possède la promesse de la vie pour le présent et pour l’avenir » (1 Timothée 4 : 8, Bible du Semeur). Maintenir ce juste équilibre est en soi apaisant et réconfortant, comme le suggère ce proverbe : « Mon fils, n’oublie pas l’éducation que je t’ai donnée et que ton cœur retienne mes préceptes, car ils rallongeront tes jours et ajouteront des années à la durée de ta vie, et t’assureront le bonheur » (Proverbes 3 : 1–2, Bible du Semeur).
Le romancier et essayiste David Foster Wallace (1962–2008) a lui aussi exprimé son inquiétude devant notre tendance à nous concentrer de manière excessive sur nos préoccupations personnelles immédiates. « Il n’existe pas de situation où l’on n’adore rien », avançait-il. Mais attention : l’adoration des réalités physiques « vous dévorera vivant », soutenait-il. « Adorez votre propre corps, votre beauté et votre pouvoir de séduction, et vous vous sentirez toujours laid ; puis, lorsque le temps et l’âge commenceront à se manifester, vous mourrez un million de morts avant qu’ils ne finissent par vous affliger. »
Ezekiel Emanuel, oncologue et auteur de Eat Your Ice Cream : Six Simple Rules for a Long and Healthy Life [Mangez votre glace : six règles simples pour vivre longtemps et en bonne santé], apporte cette perspective importante : « Souvenez-vous de la première règle de la vie : nous allons tous mourir. Vous pouvez gaspiller tout votre temps à essayer de prolonger votre vie de quelques minutes, en vous obsédant au sujet de dizaines d’ajustements à apporter à votre alimentation ou à vos routines d’exercice », ou bien, poursuit-il, vous pouvez adopter quelques changements de comportement et « rendre le temps dont vous disposez plus sain et plus porteur de sens ».
« Le titre de ce livre ne doit pas être pris au sens littéral. [...] Mais je vois bien certaines manières dont le bien-être fonctionne comme une religion déconstruite, un système régulateur qui nous indique comment avancer dans la vie. C’est presque comme s’il était en train de cimenter un nouvel ordre moral. »
Ainsi, même si nous voulons aller bien, être en bonne santé, mener une vie longue, féconde et empreinte d’amour, nous devons nous garder de faire de nous-mêmes une idole. Et les pressions en ce sens ne manquent certainement pas. Notre penchant à l’auto-indulgence est la cible privilégiée de l’industrie du bien-être : la vanité et la tendance à faire presque n’importe quoi — y compris les saignées, les injections de plasma et, dans certaines traditions culturelles, la consommation de sang — pour obtenir un rajeunissement et une longévité miraculeux. Selon les projections, l’industrie du bien-être devrait générer 9 000 milliards de dollars américains de revenus en 2028, en vendant tout ce que l’argent peut acheter : toutes sortes de compléments alimentaires, de la médecine personnalisée et des soins de beauté, des régimes, des programmes de remise en forme et de santé mentale, du tourisme de bien-être et même de l’immobilier axé sur le bien-être. Bien que le besoin de devenir ou de rester en bonne santé soit réel, beaucoup de ces offres risquent fort de décevoir, ne faisant qu’alléger le portefeuille tout en nous laissant dans un état pire qu’avant l’expérience.
Emanuel ajoute : « L’information nous arrive à la manière d’une lance à incendie, de plus en plus déversée par des charlatans et des sages autoproclamés qui ont accumulé des millions d’abonnés sur les réseaux sociaux — et des millions de dollars — en promettant de prétendus traitements miracles au moyen d’un langage aux accents médicaux. »
Science solide ou battage creux ?
« La majorité des Américains cherchent désormais des informations sur la santé sur les réseaux sociaux — et même lorsque nous ne les cherchons pas, elles nous sont déversées sous les yeux », écrit Jessica Grose dans le New York Times. « Il nous revient alors de distinguer la vérité au milieu d’un univers d’affirmations non prouvées, exagérées et parfois fausses. »
La diligence et le scepticisme demeurent tous deux importants. L’immunologiste Morgan McSweeney — alias Dr. Noc, « medfluenceur » — explique pourquoi il est si facile de se laisser séduire par les promesses liées au bien-être. Les gens « réagissent naturellement à un contenu qui leur paraît pertinent, adapté à leurs préoccupations et urgent. Le système les rejoint là où ils se trouvent et optimise les messages qui retiennent le plus longtemps leur attention, indépendamment de leur exactitude. »
« Personne ne cherche délibérément à croire quelque chose de faux au sujet de sa santé. Les gens essaient de prendre soin d’eux-mêmes et des personnes qu’ils aiment, du mieux qu’ils peuvent », affirme McSweeney. Raison de plus pour comprendre la différence entre un véritable compte rendu scientifique et un battage sans fondement.
Par exemple, la recherche réelle est circonscrite et précise. Les auteurs de rapports scientifiques « nuancent leurs conclusions et décrivent les limites de l’étude, en évitant de transformer des associations observées en consignes à suivre. Ces articles de recherche sont rédigés pour des lecteurs qui comprennent que la biologie donne rarement des réponses simples et nettes. Malheureusement, cette version de l’histoire ne vous parvient presque jamais », explique McSweeney. Les nuances et les détails circulent mal sur les réseaux sociaux, et les médias généralistes se rendent eux aussi souvent coupables de titres accrocheurs de type « piège à clics » qui déforment les résultats réels.
« Ce qui vous parvient, c’est la version qui a survécu à un tout autre ensemble de pressions intenses », poursuit McSweeney, « les pressions de la rapidité, du format et de l’attention ». L’écart est considérable entre la substance académique soigneusement évaluée par les pairs et le battage médiatique, journalistique, facilement transformable en contenu de blogue et souvent lucratif. Il est facile de se perdre dans cet intervalle. Les affirmations sur la santé « conçues pour devenir virales [...] peuvent être simplifiées jusqu’à ne conserver que le message le plus chargé émotionnellement, dépouillées de leurs réserves et présentées d’emblée avec assurance ». De nouvelles recherches montrent que la plupart des consommateurs de réseaux sociaux comprennent la différence.
Le risque d’événements néfastes et coûteux
Bâtir un mode de vie sain peut être difficile même dans les meilleures circonstances. Or nous ne sommes pas dans les meilleures circonstances. Nous sommes, sur les plans biologique et social, immergés dans un monde que les générations précédentes n’ont jamais connu. Le rythme de vie, les substances chimiques qui nous affectent et les pressions sociales qui définissent la condition humaine sont plus graves que jamais. Un rapport de recherche décrit les effets négatifs d’une vie saturée de stress sur la santé générale : « Actuellement, les niveaux de stress général sont déclarés comme ayant atteint un sommet historique chez les adultes résidant aux États-Unis, et les adultes stressés sont moins susceptibles d’adopter des comportements sains. Il devient de plus en plus impératif que les professionnels de la santé et les responsables des politiques publiques cherchent à promouvoir l’adoption et le maintien de comportements sains afin d’atténuer les conséquences biologiques destructrices de vies de plus en plus stressantes. » Bien que ce rapport se soit concentré sur des conditions particulières aux États-Unis il y a douze ans, notre situation mondiale ne s’est pas améliorée.
Les maladies chroniques ont un coût humain et financier pour nous tous : individus, familles, nations et humanité dans son ensemble. « Lorsqu’une personne mène une vie malsaine, le risque que surviennent des événements néfastes et coûteux augmente considérablement », écrivent Ross Arena et Carl Lavie dans les Mayo Clinic Proceedings. « Comparativement aux personnes ayant les modes de vie les moins sains, celles qui ont un mode de vie idéal — c’est-à-dire principalement caractérisé par l’activité physique, une alimentation nutritive et saine, l’absence de tabagisme et le maintien d’un poids corporel sain — présentent un risque jusqu’à environ 80 % plus faible de subir des événements néfastes et coûteux pour leur santé, c’est-à-dire le diagnostic d’une maladie chronique et les conséquences sanitaires défavorables qui y sont associées. En réalité, aucun cocktail pharmacologique ni aucune intervention chirurgicale ne peut se prévaloir de telles réductions du risque. »
« Manger [à lui seul] ne suffit pas à maintenir un homme en bonne santé ; il doit aussi faire de l’exercice. Car la nourriture et l’exercice, bien qu’ils possèdent des qualités opposées, œuvrent ensemble pour produire la santé. »
De nombreuses recherches montrent que prendre davantage conscience de son alimentation, de son activité physique et de ses habitudes de sommeil, puis apporter des changements appropriés à ces facteurs de mode de vie, constitue la voie vers une vie plus saine. Ce serait là la « polypilule » magique — une pilule toute-puissante capable de tout régler — que les médecins aimeraient réellement avoir à leur disposition. En un sens, ils l’ont déjà prescrite ; mais suivons-nous les instructions ?
Alimentation, activité physique et sommeil
« Je ne suis pas spécialiste de la nutrition. En revanche, en matière d’excès alimentaires, mon expérience est difficile à égaler », écrit Peter Wells, critique gastronomique au New York Times. « Je pars du principe que, comme moi, beaucoup de gens veulent simplement manger moins de aliments que nous savons devoir éviter, et davantage de ceux qui sont meilleures pour nous. Ce ne sont pas des lignes directrices nutritionnelles, mais des principes généraux pour se comporter plus raisonnablement en présence de la nourriture. »
Wells offre un excellent exemple de ce que l’on pourrait appeler une repentance alimentaire. Ayant reçu un diagnostic de prédiabète, sa première tâche a été de se détourner des sucres ajoutés et raffinés pour se tourner vers les céréales complètes. « C’est le cœur de ma première remise à zéro : manger des glucides sous leur forme originale, consistante, croquante et complexe. » En réorientant ses achats, et donc l’environnement dans lequel il préparait ses repas, Wells a commencé à faire ses courses avec davantage de discernement, en appliquant la sagesse du périmètre. Les allées centrales des supermarchés contiennent des produits hautement transformés ; les zones périphériques sont celles où se trouvent les aliments frais et complets. C’est un bon conseil. « En restant sur le périmètre, je peux extraire le bon d’un environnement alimentaire saturé de mauvaises idées. »
Corby Kummer, directeur général du programme Food and Society de l’Aspen Institute, a encouragé cette stratégie, expliquant à Wells qu’elle valait tous les efforts qu’il pourrait y consacrer. « Changer votre environnement alimentaire est la chose la plus importante que vous puissiez faire pour vous-même », a-t-il déclaré.
En ce qui concerne l’activité physique, Emanuel, l’auteur de Eat Your Ice Cream [Manger votre glace], avertit que le fait de rester avachi sur son canapé « incarne un mode de vie anti-bien-être et anti-longévité ». Un fait scientifiquement bien établi depuis des décennies est que « l’activité physique régulière — non pas la séance ponctuelle à la salle de sport, mais le mouvement routinier, habituel, instinctif — est essentielle au bien-être ». Emanuel insiste sur les mots routinier et habituel. Il note que des études ont montré que seulement quinze minutes d’exercice par jour sont associées à un gain de trois années de vie. La chercheuse Anne Sofie Graham relève que, parfois, moins peut être mieux, pourvu que ce soit régulier. Elle a constaté que les séances quotidiennes de plus de trente minutes peuvent laisser les gens plus épuisés et les rendre plus enclins à limiter ensuite leur activité.
« Lorsque les gens font moins d’exercice, ils ont plus d’énergie pour rester actifs le reste de la journée. Cela entraîne une perte de poids plus importante à long terme. »
Emanuel encourage une progression raisonnable pour s’éloigner des habitudes sédentaires. « Les gains les plus importants en matière de réduction du risque de décès se trouvent chez les personnes qui passent de l’inactivité totale à une certaine activité modérée. Passer de la position allongée à la marche, puis progresser vers le jogging ou la randonnée en côte, puis vers la course ou le vélo, offre le plus grand potentiel d’amélioration de votre bien-être et de votre longévité. »
Une réserve importante, dans toute routine d’exercice, concerne le risque de traumatisme crânien. « Si vous voulez être en bonne santé, renoncez aux sports qui exposent la tête à des chocs », avertit Emanuel. Les traumatismes crâniens et les commotions cérébrales menant à des maladies neurodégénératives chez les sportifs professionnels ont été qualifiés, dans certains contextes, de « maladie professionnelle » ; il ne s’agit pas d’un mystère, mais du sous-produit de blessures répétées. Ainsi, si des sports de contact comportant un risque de blessure à la tête — le football, le football américain ou le rugby, par exemple — font partie de votre programme d’exercice, réfléchissez-y à deux fois, tant que vous le pouvez encore. Emanuel admet que « les sports de contact peuvent transmettre des compétences utiles en plus de l’exercice : le travail d’équipe, la discipline, la persévérance. Mais aussi précieuses que soient ces compétences, elles peuvent toutes être acquises sans un risque aussi élevé d’abîmer votre cerveau. » Peut-être vaut-il mieux essayer le volleyball, le tennis, la natation ou le pickleball — même si ce dernier connaît lui aussi une hausse des traumatismes crâniens et d’autres blessures.
Vient enfin le troisième élément de la triade alimentation-mouvement-sommeil : « Une bonne nuit de sommeil réparateur peut procurer une impression magique de restauration et de bien-être », écrit le cardiologue Eric Topol dans Super Agers : An Evidence-Based Approach to Longevity [Super seniors : une approche de la longévité fondée sur les données probantes]. Nous en avons tous fait l’expérience, mais cela ne devrait pas être une expérience ponctuelle. « Le sommeil est un état biologique non négociable, indispensable au maintien de la vie humaine », ajoutent les chercheurs du sommeil Michael A. Grandner et Fabian-Xosé Fernandez. « Le sommeil est imbriqué dans de nombreux processus physiologiques, dans le cerveau comme dans le reste de l’organisme, exerçant ainsi une influence considérable sur notre bien-être. »
Topol conseille de viser une durée de sommeil de sept heures. Les recherches montrent qu’une durée supérieure ou inférieure entraîne des conséquences négatives. Elles ont également montré qu’un environnement de sommeil calme est particulièrement important. Même les bruits de fond auxquels nous pouvons nous habituer sont en réalité perturbateurs. Bien que nous ayons l’impression d’ignorer ces bruits, notre cœur, lui, les entend — et s’en trouve stressé. Les chercheurs décrivent ce phénomène dans leur jargon « scientifique » : « Une certaine habituation au bruit ambiant se produit pendant le sommeil, et lorsque l’exposition est modérée, il n’est pas rare d’observer une diminution progressive, voire une disparition de la gêne subjective après quelques jours ou quelques semaines. Toutefois, cette habituation n’est pas complète, et les réactions neurovégétatives observées pendant le sommeil en réponse aux bruits — plus précisément les réponses cardiovasculaires — se maintiennent sur de très longues périodes d’exposition. »
Pour aujourd’hui et pour demain
L’essayiste Wallace comprenait le défi posé par ce qu’il appelait les « paramètres par défaut » de notre attention, sa manière de désigner la nature auto-idolâtre de la condition humaine. Il ne s’agissait pas tant du mirage de Dubos venant mettre des bâtons dans les roues, ni du fait que Dieu aurait mal conçu les choses. Non, l’idée de Wallace concernant ces paramètres par défaut semble plus juste, et commune à nous tous : il est facile de devenir absorbé par soi-même. Le bien-être recherché pour lui-même, tel qu’il est promu par les influenceurs de la santé, peut être séduisant au point de nous faire perdre de vue la raison pour laquelle nous devrions vouloir être en meilleure santé ; ce n’est pas seulement pour nous-mêmes, mais aussi pour les autres. Et trouver une routine saine en matière d’alimentation, d’exercice et de sommeil n’est peut-être pas aussi intimidant que nous le pensions au départ.
« Votre moi futur vous remerciera d’avoir écouté votre intuition, d’avoir maintenu les limites qui soutenaient votre épanouissement intérieur, d’avoir dit non à ce qui n’était pas en accord avec vos valeurs, d’avoir pris le temps de mieux vous connaître et d’être resté fidèle à votre vision. »
L’antidote à ce piège, et la véritable raison de rechercher la santé personnelle et la libération des maladies chroniques, est de vivre pleinement, dans une perspective qui dépasse le soi, afin de servir les autres — en un sens, de traiter les autres comme nous voudrions être traités. « La forme de liberté qui compte vraiment », conclut Wallace, « implique l’attention, la conscience et la discipline, ainsi que la capacité de se soucier réellement des autres et de se sacrifier pour eux, encore et encore, chaque jour, d’une multitude de petites manières ordinaires, sans éclat ni attrait. » Emanuel abonde dans le même sens : « Toutes les données montrent que les activités accomplies au service des autres nous rendent plus heureux et plus épanouis. »
Nous nous trouvons dans une situation délicate, mais non désespérée. Sur le plan spirituel, nous pouvons attendre avec confiance le temps promis de restauration, de guérison et de réconciliation avec Dieu (Actes 3 : 19–21 ; Apocalypse 21 : 3–4). Et sur le plan physique, nous pouvons adopter une approche proactive : nous concentrer sur des choix favorables à la santé, selon notre meilleure compréhension, tout en gardant notre vie orientée, comme les Évangiles nous y invitent, vers notre objectif supérieur. « C’est pourquoi je vous dis : ne vous inquiétez pas en vous demandant : “ Qu’allons-nous manger ou boire ? Avec quoi allons-nous nous habiller ? ” La vie ne vaut-elle pas bien plus que la nourriture ? Et le corps ne vaut-il pas bien plus que les vêtements ? » (Matthieu 6 : 25, Bible du Semeur).
Une courte liste de choix favorables à la santé
Dans Super Agers (2025), Eric Topol décrit la vie saine comme un mode de vie plus. « Lorsque nous parlons de “ mode de vie sain ”, cela renvoie généralement à l’alimentation, à l’exercice, au sommeil, ainsi qu’à la consommation d’alcool, de café et de tabac. » Mais notre environnement extérieur est lui aussi important, d’où le « plus ». Topol poursuit : « Ma définition beaucoup plus large, lifestyle+, ajoute les conditions environnementales, telles que l’exposition aux toxines, notamment la pollution de l’air, les microplastiques, les polluants éternels, le statut socioéconomique, la solitude et l’isolement social. »
Il est facile de se sentir dépassé ; tracer une voie favorable à la santé n’a rien de simple. Et, comme l’a écrit le sage roi Salomon, il n’existe aucune garantie. « La course n'est pas réservée aux plus rapides, ni la guerre aux hommes vaillants, ni même le pain aux sages, la richesse aux intelligents ou la faveur à ceux qui ont de la connaissance. En effet, ils dépendent tous des circonstances, favorables ou non » (Ecclésiaste 9 : 11, Segond 21).
Une attitude de diligence pleine d’espérance est nécessaire, mais il faut éviter une détermination acharnée qui finit par produire l’effet inverse. Dans Eat Your Ice Cream [Manger votre glace] (2026), l’oncologue Ezekiel Emanuel avertit que nous pouvons perdre de vue la perspective d’ensemble. Il formule un conseil sage : profitez du don de la vie ; un peu de crème glacée de temps en temps ne fera pas de mal.
« Nous avons besoin de volonté comme force permettant de vaincre l’inertie », note Emanuel. « Mais compter sans cesse sur la volonté pour nos activités de bien-être épuise nos réserves limitées, ce qui nous conduit finalement à abandonner et à retomber dans de mauvaises habitudes. » Faites des habitudes réfléchies votre routine, poursuit-il. « L’essentiel est de veiller à ce que votre emploi du temps habituel favorise le bien-être sans vous transformer en hamster dans sa roue. Et sans vous faire éprouver de la honte ou du stress parce que vous n’en faites pas davantage. »
La courte liste ci-dessous résume des pratiques de santé fondées sur la recherche et appuyées par des professionnels de santé dans le monde entier.
- Mangez en gardant à l’esprit un équilibre alimentaire sain : davantage de végétaux, moins de produits d’origine animale.
- Tenez-vous debout, marchez, étirez-vous : bougez, mais sans vous cogner la tête.
- Des routines de sommeil régulières aident le corps et le cerveau à se régénérer et à se purifier.
- Cultivez le contact social : rencontrez votre famille et vos amis en personne.
- Prenez conscience des conditions toxiques qui créent un stress mental, physique et physiologique. La prise de conscience devrait conduire à l’évitement. Cela inclut à la fois les toxines chimiques — pesticides, métaux lourds, microplastiques, PFAS, aliments ultra-transformés et sucrés — et les toxines sociales, c’est-à-dire les situations sociales et les médias qui stimulent des extrêmes émotionnels : colère, peur, jalousie, agressivité, engourdissement docile, anxiété sexuelle.