La Bible et la santé mentale
Sagesse intemporelle et bien-être contemporain
À première vue, on pourrait penser que la Bible n'a pas grand-chose à dire sur la santé mentale au XXIe siècle, mais vous seriez surpris de découvrir les nombreux liens qui peuvent être établis entre la sagesse biblique et la recherche moderne en matière de santé mentale.
Même si le terme santé mentale n’apparaît pas explicitement dans les Écritures, la Bible offre des perspectives profondes sur le bien-être émotionnel, psychologique et spirituel. Ses pages contiennent des principes intemporels qui trouvent souvent un écho dans les conceptions modernes de la santé mentale.
Ces principes reposent sur une vision fondamentale de l’être humain présentée par les Écritures : celle d’un être intégré, dont le corps, la pensée et l’esprit fonctionnent en harmonie. L’apôtre Paul a écrit à l’Église de Thessalonique : « Que le Dieu de paix vous sanctifie lui-même tout entiers, et que tout votre être, l’esprit, l’âme et le corps, soit conservé irréprochable lors de l’avènement de notre Seigneur Jésus-Christ ! » (1 Thessaloniciens 5 : 23). Cette perspective rejoint les approches contemporaines en santé mentale qui considèrent l’être humain de manière holistique, en intégrant les facteurs biologiques, psychologiques et sociaux dans le développement et la santé.
Attachement et sécurité émotionnelle
Nous sommes à notre meilleur lorsque notre corps, notre pensée et notre esprit fonctionnent en harmonie ; nous nous épanouissons également lorsque nous sommes en harmonie avec les autres. La Bible comme la psychologie moderne soulignent toutes deux l’importance de relations solides et stables comme fondement d’une bonne santé mentale. Lorsque Jésus a été interrogé sur le commandement le plus important, il a répondu : « Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta pensée. C’est le premier et le plus grand commandement. Et voici le second, qui lui est semblable : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. De ces deux commandements dépendent toute la Loi et les Prophètes » (Matthieu 22 : 37–40).
Cette présentation des relations stables, tant avec Dieu qu’avec les autres, comme étant essentielles au bien-être anticipe de nombreuses perspectives de la psychologie moderne. La théorie de l’attachement, par exemple, met en évidence l’importance pour les parents de répondre au besoin fondamental de leurs enfants de disposer d’une source fiable de soin, de protection et de sécurité.
La Bible dépeint Dieu comme un tel point d'ancrage sûr, « le père des orphelins », comme l’écrit David dans une affirmation qui précède de plusieurs millénaires la théorie moderne de l’attachement (Psaume 68 : 6). Les Écritures décrivent un Dieu constamment disponible, qui apporte du réconfort dans la détresse et manifeste un amour fidèle, un modèle qui correspond étroitement à ce que les chercheurs identifient comme essentiel à un développement émotionnel sain. La métaphore de Dieu comme « refuge et un appui (ou une force) » (Psaume 46 : 1) constitue un modèle d’attachement sécurisant, favorisant la résilience émotionnelle et psychologique.
Dans le même esprit, les Écritures soulignent à maintes reprises l’importance des relations précoces au sein de la famille, en particulier dans la dynamique parent-enfant. « Instruis l’enfant selon la voie qu’il doit suivre » (Proverbes 22 : 6) suggère bien plus qu’une simple instruction morale ; cela implique la mise en place d’un socle émotionnel sécurisant. C'est auprès des personnes en qui ils ont confiance que les enfants apprennent le mieux, et cette confiance se construit dans un environnement marqué par une sécurité constante, un véritable « refuge et force », pour reprendre l’expression du psaume de David. L’accent biblique mis sur des soins constants et empreints d’amour s’accorde étroitement avec les recherches montrant que des liens précoces sécurisés favorisent une meilleure régulation émotionnelle, une tolérance accrue au stress, des compétences relationnelles renforcées, une plus grande résilience face aux traumatismes et, par conséquent, une vulnérabilité réduite à l’anxiété et à la dépression.
Lorsque nous traversons des difficultés
Malheureusement, nous ne disposons pas toujours de la combinaison idéale entre l’inné et l’acquis pour bénéficier d’une résilience optimale. En matière de santé physique, ce qui permet de rester en bonne santé diffère souvent de ce qui est nécessaire pour se remettre d’une maladie. De nombreux conseils expliquent comment entretenir sa santé physique à l’aide de diverses stratégies : l’alimentation, l’exercice, le sommeil, entre autres. Mais que se passe-t-il lorsque l’on se retrouve avec une jambe cassée, un problème cardiaque ou un cancer? Dans ces situations, l’entretien ne suffit plus, et la Bible ne rejette pas les soins que les médecins peuvent prodiguer lorsque cela est nécessaire. Luc est appelé « le médecin bien-aimé » (Colossiens 4 : 14), et Jésus a utilisé une intéressante analogie pour expliquer pourquoi il passait tant de temps avec les pécheurs: « Ce ne sont pas ceux qui se portent bien qui ont besoin de médecin, mais les malades » (Luc 5 : 31).
La même distinction entre le maintien du bien-être et le rétablissement après une maladie s’applique à la santé mentale. Pour ceux qui n’ont jamais vécu cette différence, surmonter des difficultés psychiques peut sembler simple.
Il est tentant de lire certains passages bibliques de manière isolée, mais cela conduit à une compréhension superficielle. Ce n’est qu’en lisant la Bible dans son ensemble que nous pouvons en apprécier pleinement la profondeur et la complexité de l’expérience humaine qu’elle décrit. Par exemple, en ce qui concerne l’anxiété, certains proposent ce verset comme une solution facile : « Ne vous inquiétez de rien ; mais en toute chose, faites connaître vos besoins à Dieu par des prières et des supplications, avec des actions de grâces » (Philippiens 4 : 6). Or, ce passage ne traite pas de l’anxiété à un niveau clinique ; il rappelle simplement l’importance de confier à Dieu les préoccupations quotidiennes. Sans tenir compte des nombreux autres textes bibliques qui enrichissent notre compréhension de l’anxiété humaine, nous risquons de minimiser la détresse réelle que vivent certaines personnes. L'anxiété est une réalité pour beaucoup, et les instructions bibliques qui s’y rapportent rejoignent des stratégies pratiques d’adaptation telles que la gratitude, la prière et le soutien communautaire. Celles-ci ne constituent pas seulement de bonnes pratiques préventives au quotidien, comparables à une nutrition équilibrée, à l’exercice physique et à un sommeil suffisant, elles correspondent également à des approches thérapeutiques modernes comme la pleine conscience et la remise en question des schémas de pensée inadaptés.
Bien sûr, l'anxiété ne se manifeste pas toujours de la même manière. Nous n'aidons pas une personne en proie à une peur et à une détresse accablantes en lui disant simplement : « Ne sois pas anxieux. » En revanche, les Écritures offrent des exemples qui reflètent toute la richesse et la diversité des expériences émotionnelles humaines. Cela permet de développer du respect pour ceux qui traversent les formes les plus profondes et les plus sombres de la détresse émotionnelle, ainsi qu’une compréhension plus juste de leur souffrance et de leur besoin de soutien.
La Bible n’élude pas la réalité de la dépression profonde ni des luttes émotionnelles intenses. Les psaumes du roi David expriment ces états de manière ouverte et répétée, et la question récurrente « Jusqu’à quand ? » suggère qu’il ne recevait pas toujours de réponse immédiate. Par exemple, dans le Psaume 55 : 5-6, David décrit une détresse bien plus intense que l’anxiété liée aux préoccupations quotidiennes : « Mon cœur tremble au-dedans de moi, Et les terreurs de la mort me surprennent ; La crainte et l’épouvante m’assaillent, Et le frisson m’enveloppe». Dans un autre psaume, il s’écrie : « Mon âme est toute troublée ; et toi, Seigneur ! Jusqu’à quand ? ... » (Psaume 6 : 4).
Job, lui aussi, parle librement de sa souffrance et de son tourment intérieur :
« Pourquoi ne suis-je pas mort dans le ventre de ma mère ? Pourquoi n’ai-je pas expiré au sortir de ses entrailles ? … Ce que je crains, c’est ce qui m’arrive ; Ce que je redoute, c’est ce qui m’atteint. … Oh! s’il était possible de peser ma douleur, et si toutes mes calamités étaient sur la balance. Elles seraient plus pesantes que le sable de la mer… »
Ces récits montrent que la douleur émotionnelle n’est pas nécessairement le résultat d'un manque spirituel. Jésus lui-même, pourtant sans péché, a traversé toute une gamme d’émotions, y compris une profonde angoisse et une anxiété intense, jusqu’à connaître, finalement, le degré d’abandon le plus extrême.
Pour beaucoup de personnes confrontées à une souffrance émotionnelle, les stratégies de prévention et d’entretien ne suffisent pas. Elles peuvent réellement bénéficier de l’aide d’un « médecin », sous la forme d’un professionnel de la santé mentale. Il est d’ailleurs significatif que, lorsque Jésus guérissait, il demandait souvent aux personnes concernées d’accomplir une action concrète. Cela peut nous enseigner qu’agir de manière tangible, tout en plaçant notre foi en Dieu, manifeste notre volonté de participer activement à notre propre processus de croissance.
Le rôle de la communauté
Pour les familles et les amis des personnes confrontées à la détresse mentale et aux traumatismes, les exemples tirés des Écritures soulignent le pouvoir thérapeutique des relations de soutien, tout en mettant en lumière le pouvoir destructeur des relations toxiques. Le récit biblique montre systématiquement que la guérison s’inscrit dans le cadre des liens avec la communauté et avec Dieu. Cette perspective rejoint les recherches sur les traumatismes, qui indiquent que des relations interpersonnelles solides peuvent atténuer leur impact, aider à traiter des expériences difficiles, restaurer le sentiment de sécurité et de confiance, et favoriser la croissance post-traumatique.
L'histoire de Ruth et Noémie n'est qu'une des nombreuses illustrations bibliques positives montrant comment des liens solides peuvent favoriser la résilience en période de perte profonde et de déracinement. Leur engagement mutuel, leur attention et leur soutien réciproques ont finalement conduit à la guérison émotionnelle des deux femmes.
L'invitation à « porter les fardeaux les uns des autres » (Galates 6, 2) reflète l'importance accordée par la Bible au soutien communautaire. Le modèle de l'Église primitive, fondé sur le partage des ressources et les soins mutuels, s’inscrit pleinement dans cette logique. La recherche en santé mentale reconnaît et soutient ce principe.
Même le concept biblique du repos du Sabbath reconnaît l'importance des relations avec Dieu et la communauté, notamment la communauté ecclésiale. C'est une reconnaissance des limites humaines et du besoin d'un renouveau régulier. Le repos et le renouveau s'accomplissent en consolidant une relation sécurisante avec Dieu, afin de le connaître et de lui ressembler. La Bible regorge de passages décrivant comment œuvrer au changement et à la croissance personnels, une transformation de la pensée qui encourage à « revêtir l'homme nouveau » (Éphésiens 4 : 24) et à devenir des « imitateurs de Dieu, comme des enfants bien-aimés » (Éphésiens 5 : 1).
Les personnes confrontées à l’épuisement professionnel et à l’épuisement émotionnel, phénomènes courants dans notre monde contemporain, peuvent aisément se reconnaître dans les paroles de Jésus : « Venez à moi, vous tous qui êtes fatigués et chargés, et je vous donnerai du repos. » Il a ensuite encouragé ses auditeurs : « Prenez mon joug sur vous et recevez mes instructions, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos pour vos âmes. Car mon joug est doux et mon fardeau léger » (Matthieu 11 : 28-30).
La sagesse biblique, lorsqu'elle est bien comprise, peut éclairer et enrichir les pratiques en matière de santé mentale tout en apportant de l’espoir et des repères concrets à ceux qui sont confrontés à des difficultés psychologiques. Ses enseignements précèdent et complètent les normes fondées sur des preuves en matière de soins de santé mentale, plutôt que de rivaliser avec elles. Les principes bibliques favorisent des relations sécurisantes au sein des familles et des communautés, sur le modèle d'une relation sécurisante avec Dieu. Ils encouragent la création d’environnements propices à la sécurité émotionnelle et à la guérison, la construction de communautés solidaires, la pratique régulière du repos et du soin de soi, ainsi que la reconnaissance honnête des émotions. Mais surtout, ils offrent des voies pour renforcer la résilience en donnant à la vie un sens capable de faire naître l’espérance face aux épreuves.